Série Traces

Mon grand choc artistique, je l’ai vécu, lors d’une exposition d’estampes de René Derouin alors que j’étais étudiante à l’université. Derouin venait de faire une tournée en avion au-dessus du Grand Nord avec des géologues. Il en est revenu avec des photographies qui lui ont inspiré sa série d’estampe « Suite nordique » et « Taïga » en 1979 et « Nouveau-Québec » en 1980.

Cette vision des espaces et des mouvements sur le sol m’ont séduite. J’étais en plein apprentissage de la ligne, de la forme, de l’espace pictural. J’étudiais aussi la gravure avec Francine Simonin et Aline Beaudoin. J’adorais graver le bois, chercher la bonne image, le bon rendu.

Des années plus tard, en regardant un reportage sur la mission canadienne dans la Station spatiale Internationale alors que Julie Payette, membre de cette équipe, explique son travail et ses responsabilités, celle-ci montre une photographie qu’elle vient de prendre au-dessus de l’Inde. Il s’agit en fait du delta du Gange. Elle explique que la déforestation provoque des glissements de terrain et que la terre se déverse dans le Gange. L’image montre une multitude de ramifications brunes qui partent des côtes et vont se mélanger au bleu de l’eau. Les contours du delta sont visibles. Tous les affluents sont de couleurs brunes. Le reste est une composition absolument hallucinante. C’est la nature qui a dessiné ces structures et c’est l’homme qui les modifie par son action. Je me suis mise à fouiller le site de la NASA pour aller voir les photographies prises par les astronautes et aussi celles prises par les satellites. J’étais subjuguée. Moi, qui regardais de très près la nature, voilà que de loin l’image en était plus percutante.

Gange_vue_satellite

Le besoin en eau, nous fait creuser et modeler les terres pour amener cette précieuse ressource au bon endroit. L’agriculture demande de travailler les sols selon différents modèles et directions. L’étalement urbain demande de redessiner les accès, les rues. L’industrialisation, la guerre, les migrations, les économies changeantes, l’extraction minière, etc. Tout ça modifie notre planète.

D’autre part, il y a la nature elle-même qui riposte et qui elle aussi modifie la surface de la Terre. Je pense aux inondations, aux effets des ouragans et des tornades, aux sècheresses, aux raz de marée.

Plus récemment, j’ai découvert un tout petit livre, « Cinq milliards d’hommes dans un vaisseau » un essai d’Albert Jacquard qui dépeint ces effets. Écrit en 1987, l’auteur y décrit l’homme étant « le seul être doté du pouvoir de s’attribuer à lui-même des pouvoirs. Le seul dont le sort soit entre ses propres mains. ». Il y mentionne aussi que « tout est prêt pour le suicide de l’humanité. »

Mon travail artistique reflète donc ces préoccupations. Je peins à partir de ces images et mes estampes se retrouvent liées à mes toiles.

Voici donc mon travail lié à cette expérience.

Traces oeuvres

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